Confessions / Barcelone, le 13 juillet 2015

 

Flânant dans la ville, essayant d’acheter quelque chose de très spécial, quelque chose qui pardonnera l’absence de ces deux derniers mois.

J’ai vécu en dehors de mon pays pendant 17 ans, je suis même née à l’étranger mais je n’ai jamais eu le mal du pays parce que chez moi, c’est là où vit ma famille.

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de mes frères. Ce sont les deux personnes qui sont le plus cher à mon cœur et je leur donnerai littéralement mes yeux.  Ils m’ont toujours protégée et traitée comme si j’étais leur petite princesse chérie. Cela m’a toujours dérangé parce que c’est assez difficile d’être indépendante quand vous avez toujours quelqu’un qui s’occupe de vous et garde un œil sur vous et s’assure que vous êtes heureuse, en sécurité et en bonne santé.

Je ne pouvais pas juste décrocher le téléphone et dire : Yaaay Joyeux anniversaire !

Ces deux derniers mois étaient assez froid car j’étais trop occupée à vivre une nouvelle vie. Je n’ai rien trouvé d’assez bien pour cette occasion, j’ai donc commencé à réfléchir à des idées avec mes amis sur comment souhaiter un bon anniversaire et une bonne année à mes frères, bien que je ne leur ai pas beaucoup parlé ces derniers temps.

Compromis…c’est ce à quoi vous devez faire face quand vous choisissez de vivre loin de chez vous, de la famille et des amis. C’est le premier ramadan que je passe sans ma famille et cet aïd sera le premier que je passe loin de chez moi.

Cette expérience mérite amplement la décision égoïste que j’ai prise mais rien ne vaut une réunion de famille autour d’un bon thé et d’une chaleureuse conversation.

Sarah Qabbani

 

Sarah Qabbani

 

Beyrouth

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Ils l’appellent la « Paris du Moyen-Orient ». Ils n’arrêtent pas de repenser à ces jours où les touristes et les banques florissaient. Aujourd’hui, Beyrouth est une ville complètement différente, elle grandit sans qu’elle ne sache de quoi sera fait le lendemain. De nouveaux bâtiments d’érigent dans tous les coins, des publicités faisant leur promotion montre des hommes d’affaires occupés et des familles joyeuses. Les soldats surveillent les rues où les embouteillages rencontrent les voitures de luxe et de vieux taxis démodés. Des magasins traditionnels de mana’ish sont côte à côte des chaines de fast food à l’occidentale.

Beyrouth est une ville pleine de contradictions. C’est son épine dorsale, toute son histoire. Vous pouvez les aimer ou pas, et quelque fois même ses citoyens ne les supportent plus. De temps en temps, la haine explose. Quand vous voyez des gens marcher dans les rues, vous en venez à vous demander qu’il y a peu, la plupart se tirait dessus il n’y a pas si longtemps que ça. Comme me l’a dit quelqu’un, « ils devaient prendre un parti, ils devaient s’impliquaient ». C’est particulièrement vrai surtout lorsqu’on parle de guerre civile.

Alors que les gens, à juste titre, évitent les querelles ou se rappellent comment la vie nocturne est toujours en cours après le coucher du soleil, ses cicatrices sont encore visibles aujourd’hui. Peu de bâtiments emblématiques, des hôtels, des églises ou des salles municipales sont restés complètement déchirés, comme des monuments modernes d’un passé pas si lointain. Mais les impacts de balles apparaissent soudainement dans chaque coin de presque toute la ville, dévoilant la véritable étendue du conflit.

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Beyrouth est la somme de ses quartiers et pas l’inverse. Ou c’est plutôt exactement cela qui fait que Beyrouth est Beyrouth. En marchant sur une rue toute droite, vous pouvez sentir que vous passez d’une bruyante shari’a arabe à une délicate rue française puis d’un quartier arménien encensé pour finir dans le luxe du centre-ville de Manhattan avec ses gratte-ciels. A un certain moment de la soirée, marchant sur ce qui était connu pour être la Ligne verte (l’ancienne ligne de démarcation entre les Musulmans dans la partie ouest de la ville et les Chrétiens dans la partie est), vous pouvez clairement entendre la voix mélodieuse du muezzin venant d’un côté défiant par les cloches de l’église sonnant de l’autre côté.

Même ses habitants semblent suggérer qu’un certain chaos gère toute la ville : alors que tout le monde semble satisfaire ses besoins et se fond dans cet abstrait dessin, Beyrouth ne semble appartenir à personne. Qui peut prétendre être son noyau ? Serait-ce la classe supérieure, riche, ou les banlieusards pas si riches ? ou les milliers d’expatriés installés depuis des générations ou les nouveaux réfugiés syriens dont leur nombre, après une estimation approximative, s’élève à un million ? Sans parler des soudanais et des bengalais qui font le travail les plus modestes. Sans parler non plus, des Palestiniens, qui sont marginalisés presqu’oubliés dans le camp de réfugiés tristement célèbre de Shatila, à la frontière de la ville.

Je pourrais parler du ridicule nombre d’ONG et d’institutions internationales établies ici, chacune avec ses objectifs, ses valeurs et son petit domaine de travail. Je pourrais parler des coupures d’électricité d’une heure qui définissent le temps qui s’écoule et le lent mouvement des nuages dans le ciel.

Je n’ai rien dit à propos de la formidable cuisine (« écrire au sujet de la cuisine c’est comme danser à propos de l’architecture » sera ma justification). Vous pourriez croire qu’il y a des dizaines de choses qui manquent et vous auriez probablement raison. Mais il y a une raison à cela : vous devez venir et découvrir Beyrouth par vous-même.

Méfiez-vous de celui qui prétend parfaitement connaître Beyrouth car c’est dans l’esprit de la ville de ne pas être comprise, de ne pas être la même l’instant suivant, de ne pas être maîtrisé. Ce sont les rues elles-mêmes qui vous racontent son histoire : chacune a son propre nom mais vous ne vous en souviendrez jamais.

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Dario Modugno

Yalla, Amunì!

caburera_palermo_Nairouz (4) res Je m’appelle Nairouz Al-Ghishan, j’ai étudié la décoration intérieure et l’art visuel et maintenant, je participe au projet CaBuReRa, financé par l’IEVP. Le projet prend place dans six pays euro-méditerranéen : l’Italie, la Grèce, le Portugal, la Jordanie, la Palestine et le Liban. Le but du projet est de nous offrir une expérience au niveau local et à l’international afin de faciliter notre entrée dans le monde du travail. Je vais passer 3 mois à Palerme, en Italie puis je passerai 3 mois en Jordanie.

Au début, quand j’ai postulé pour le projet, je souhaitais aller au Portugal. Mon deuxième choix était l’Italie. Donc après l’entretien, quand on m’a annoncé que j’allais effectuer mon stage en Italie, j’étais un peu déçue mais excitée par la suite. Avant d’aller en Sicile, j’avais quelques appréhensions concernant mes colocataires car ce seraient complètement des étrangers et j n savais pas comment j’allais pouvoir gérer les différences culturelles. Après un jour seulement, j’ai découvert que mes peurs étaient infondées et je me suis tout de suite entendue avec tout l monde. Je me suis immédiatement sentie comme à la maison.

L’expérience est vraiment très intéressante : rencontrer des gens de tous les coins du monde, travailler et vivre avec eux, apprendre leurs cultures et apprendre l’italien. Grâce à cette expérience, je me suis vraiment améliorée à plusieurs nveaux.

Je suis vraiment contente et reconnaissante pour cette mobilité et je postulerais encore et encore si je le pouvais, car j’ai beaucoup appris. Je sens que je me rapproche de mes buts et que j’apprends à mieux me connaître en comprenant plus de choses que je ne connaissais pas auparavant, des choses que parfois étaient déjà en moi et dns le même temps, je découvre que je suis capable de faire de nouvelles choses.

Mes attentes de cette expérience :

  • Apprendre l’italien
  • Améliorer mon niveau d’anglais
  • Rencontrer de nouvelles personnes, apprendre de nouvelles choses et en apprendre davantage sur leur culture
  • Etre plus sérieuse et précise dans mon travail
  • Ecrire des projets, parce que j’ai toujours eu un problème avec l’écriture. Arriver à trouver les bons mots et les assembler car c’est vraiment difficile de commencer à écrire quelque chose mais j’essaie
  • Connaître l’offre de formation que je pourrai suivre dans le futur pour m’améliorer à travers les expériences
  • Travailler dans mon pays avec l’expérience acquise à l’étranger.

J’ai également rejoint ce programme pour avoir plus d’expérience dans le domaine de l’interculturel car un jour, j’aimerais pouvoir apprendre aux gens comment avoir confiance en eux et améliorer leurs capacités à parler en public.

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Un pays entouré de murs imaginaires

Votre première entrée dans les Territoires palestiniens occupés par Israël peut être impressionnante, c’est à vous de décider si cette impression est positive ou pas.

Le mur monumental séparant Jérusalem de la Cisjordanie efface de votre vue tous les oliviers et les terres arides les remplaçant par des briques de béton horizontales : à partir de chacune des briques, vous pouvez entendre une voix illusoire criant « l’entrée ici est interdite et contraire à la loi israélienne ».

La vue de ce monstre gris vous poursuivant tout au long de votre séjour, des sentiments de regret, de déception, de désespoir vous appelle car ce n’est probablement pas la Palestine que vous imaginiez. Néanmoins, ces quelques minutes qu’il vous faut pour passer ces cages en fer, le contrôle des passeports, la circulation, le bruit urbain, ouvre votre point de vue et vos attentes sur un décor complètement différent. Pas encore la dabkeh et les oliviers mais des marchands ambulants de toutes sortes de produits, des enfants qui vous tournent autour  essayant d’attirer votre attention pour vous vendre des briquets ou des sucettes, des mères et des enfants faisant des signes de la main de leurs balcons au loin, des dizaines de jeunes hommes et femmes dans une précipitation inquiétante avant leur passage au checkpoint.

Puis, allant au devant de la ville, au fur et à mesure que le service avance, vous pouvez apercevoir un kaléidoscope de paysages, fait de palmiers, de buildings et de camps de réfugiés. En effet, c’est la première introduction aux complexes et critiques aspects de l’occupation.

Après la fin de Deuxième Intifada, de 2003, la Palestine a été enfermée par des murs et des clôtures, conçus pour protéger l’Etat israélien de l’irréel ennemi de la violence palestinienne. Depuis, des villes comme Qalandiya, Qalqilya, Bethleem et d’autres sont prisonnières de tonnes de béton dur et de fils barbelés. Comme une nouvelle étape dans le processus d’occupation, cela a plongé toute la Cisjordanie dans de nouvelles formes de déplacement et de mouvement de restriction, et en se tenant aux faits, séparant la région en des zones déconnectées les unes des autres, et exacerbant toute la contradiction interne.

Les Palestiniens ont réagi, de nombreuses fois, avec des actes inattendus : transformant le monstre en « toile » en faisant des graffitis comme ceux de Bethléem ; escaladant les hautes briques pendant le mois de Ramadan juste pour aller à la mosquée d’Al-Aqsa pour la prière du vendredi, et au lieu de cela perdre leur vie en manifestant contre une intrusion de plus en plus proche à Bil’In.

En fait, le Mur est, une barrière physique mais n’est pas encore un état d’esprit. Les clôtures n’ont pas encerclés l’espoir et l’occupation ne peut pas balayer tous les vœux/souhaits de voir plus loin. Cela pèse de changer le visage de la résistance.

Personne ne sait comment la séparation affectera l’engagement palestinien sur le long terme. Pour nous, public passif dans cette pièce controversée, du côté palestinien, ces hautes briques grises ne disent pas « entrée interdite », elles crient haut et fort « ce Mur n’existera plus ».

Et au-delà de ce mur ? Une mer sans fin, Gaza et la terre du Retour.

 

Palerme, ma première aventure

Palerme, ma première aventure

Palermo, my first adventure

caburera_palermo_Batoul_res Je m’appelle Batoul Hamieh et j’ai 23 ans. Je viens d’un petit village situé dans la Beqaa au Liban où les possibilités de développement pour les jeunes et leurs chances d’avenir sont limitées.

Le projet CaBuReRa est la première pierre posée dans ma route vers l’avenir. Cela a été comme une porte d’ouverture et m’a offert beaucoup d’opportunités : voyager dans de nouvelles villes, suivre des formations et rencontrer de nouvelles personnes. Ma première réunion, lors de laquelle j’ai rencontré l’ensemble du personnel était avec l’organisme d’accueil, Cesie. Tout le monde était très gentil et accueillant. J’adore Cesie parce qu’il m’a donné la chance d’avoir un avenir et de m’ouvrir les voies de manière crédible.

Puis, mon conseiller nous a emmenés dans des centres de Palerme. Le premier que j’ai visité était Casa di Tutte le Genti. J’ai aimé cet endroit dès que je l’ai vu, j’ai tout de suite senti que j’étais comme à la maison, avec ma famille. Tout le monde dans le centre prend soin de tout le monde : ils partagent la nourriture, les boissons, l’amour, la joie, les sourires, les larmes, la douleur, la tendresse…

Bien sûr, l’un des avantages avec le projet CaBuReRa, sont les cours d’italien. J’aime cette langue : quand un italien parle, c’est comme s’il chantait de l’opéra, et bien évidemment, on peut la considérer comme la mélodie de ma première aventure !!! J’espère qu’une fois que je serais de retour dans mon pays, CaBuReRa continuera à m’aider à développer mes compétences et que l’on pourra rester en contact, car maintenant vous êtes comme une famille qui m’a donnée la clé de mon avenir. Je n’oublierai aucune minute passée à Palerme ni tous les endroits que j’ai visités. Je me souviendrai également de tous les sourires et les larmes et de toutes les personnes, tous les enfants que j’ai rencontrés.

Je serai à jamais reconnaissante de tout ce que vous avez fait pour moi, pour votre soutien, et j’espère réellement que je pourrai partager mon expérience avec mes pairs dans mon petit village au Liban et partout ailleurs… et je recommanderai vivement à mes camarades de différents pays à vivre la même aventure.

Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait.

Merci pour votre soutien.

 

Batoul

 

Rosa et Caterina TG2 au Liban parlent de leur expérience de mobilité

L’une des choses qui vous frappe le plus quand vous arrivez à Beyrouth, c’est la présence massive de soldats, des check points à travers toute la ville, et à travers le pays. Le déploiement impressionnant de soldats, l’énorme usage des fils barbelés et des barrières anti-casse, ont eu un impact important sur moi et je me suis mise à m’imaginer que le Liban était comme une grande forteresse.

Cela survient dans les circonstances les plus simples de la vie quotidienne – prendre le bus, monter dans une voiture ou un taxi – de repérer les check points avec un nombre considérable de soldats et de petits drapeaux sur lesquels sont inscrits « Jaysh Lubnan », « armée du Liban ».

Malgré le fait que Beyrouth ressemble à une métropole grande et moderne, avec tout le confort, la prolifération des check points et des contrôles dans presque toutes les zones et quartiers fait que cette même ville prend l’apparence d’une géante « boîte militaire ». Les procédures de contrôle sont souvent assez rapides (jeter un œil sur le passeport, peut-être quelques questions sur les raisons de votre présence au Liban) mais l’atmosphère, à travers le regard d’un étranger, est perçue comme lourde et à certain égards, forcée.

Même si un observateur étranger perçoit la surabondance de contrôles militaires comme quelque chose d’anormal et d’étrange, observer les militaires armés jusqu’aux dents circuler dans les rues de Beyrouth respire un air inhabituel de normalité. Les citoyens libanais semblent osciller entre une acceptation passive du statu quo (« c’est comme ça et on ne peut rien y faire ») et une sorte de gratitude pour la présence de l’Armée qui dans un contexte d’instabilité politique, la peur de la situation dans les pays voisins, procure une certaine d’assurance – ou du moins un semblant – de protection et de sécurité.

L’utilisation des check points militaires ne se limitent pas au contrôle des zones frontalières, mais est largement utilisée au sein même de Beyrouth ce qui multiplie et amplifie les frontières internes prenant la forme d’un dispositif de contrôle de l’immigration, en particulier parmi les nombreux réfugiés Syriens et Palestiniens, qui habitent souvent depuis des années dans la ville, mais qui sont toujours marginalisés car l’égalité des droits ne leur est toujours pas reconnue.

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Le contrôle croissant des frontières et leur multiplication, à l’intérieur comme à l’extérieur des pays, reflète, à mon avis, la tendance générale de la gestion internationale des migrations. En fait, les check points à Beyrouth marchent vraiment comme une frontière pour les personnes sans papiers vivant dans des camps de réfugiés au Liban et qui limitent la liberté de circulation de nombreuses personnes résidant actuellement dans le pays.

Le renforcement du contrôle des frontières et du processus de sécurisation en cours, justifié par la crise syrienne, a propagé une menace sécuritaire qui n’est pas seulement un outil pour le gouvernement de canaliser un ressentiment populaire envers une xénophobe et raciste victimisation des réfugiés syriens mais cela marche surtout comme un dispositif de discrimination produisant différents statuts donc un accès différents aux droits et font des migrants des personnes vulnérables à plusieurs pratiques d’exploitation.

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A partir de là, ce qui me semble clair, c’est que les frontières ne sont pas que de simples barrières et la gestion des frontières n’a pas pour but d’empêcher ou bloquer la mobilité une fois pour toute. Les deux dispositifs créent différents degrés d’inclusion ce qui signifie différents accès aux droits et donc une exploitation de leur vulnérabilité.

La frontière est devenue un outil d’inclusion qui sélectionne et filtre les personnes à travers un processus qui inclut différentes formes de violences qui n’ont rien à envier à ceux qui emploient des mesures d’exclusion.

Toutes ces considérations à propos de la sécurité et de la gestion des frontières, me rappelle directement l’Europe où la nouvelle politique de gestion des frontières est intimement liée aux restrictives politiques de migration. La politique des frontières appliquée en Europe et tous les discours sur les migrations comme menace de la sécurité, de l’identité et du bien-être national, a beaucoup en commun avec ce qui se passe au Liban.

Les frontières européennes sont de plus en plus contrôlées : l’augmentation des agents de patrouille ayant à leur disposition des équipements technologiques et de pointe ; de nouveaux acteurs sont mis en place au contrôle des frontières mais l’idée sous-jacente à tous ces contrôles est de ne pas éviter les migrations mais de gérer et d’articuler ces flux migratoires afin de créer un espace exceptionnel où les droits ne seront pas reconnus et en sursis à jamais.

L’institutionnalisation de la gestion des frontières dans la mer Méditerranée est un symptôme évident du processus d’application des frontières mais il devrait être reconnu que ce processus a toujours fait face à des défis mis en pratique par les migrants, qui, chaque jour, enfreignent cet ordre et forcent les politiques de contrôle à concorder avec les pratiques de migration qui structurellement dépasse les méthodes de réinitialisation des frontières.

Ce que nous voulons souligner c’est l’importance de la reconnaissance des frontières non pas comme quelque chose de fixe et d’immuable mais plutôt comme un lieu de tension entre déni et accès, mobilité et immobilisation.

Considérer le pouvoir des frontières pas seulement comme quelque chose de négatif avec la possibilité d’installer les nouvelles politiques de contrôles dans des logiques gouvernementales plus larges tout comme cela nous permet de ne pas regarder les migrants comme des gens dans le besoin mais comme de nouvelles subjectivités politiques émergentes.

Cela permet de passer outre la rhétorique humanitaire et sécuritaire rendant plus compréhensible un phénomène qui devient de plus en plus important à l’échelle mondiale et qui contribue à organiser et à structurer différentes sphères de nos vies.

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Un orientaliste à Palerme : l’expérience de Mohammad

caburera-mohammad-palermo-res (1) Tout ce que vous connaissez sur comment un orientaliste appelé Ahmad Al Sughairi deviant quand il compare deux nations, prenant toutes ses observations hors de leurs contextes et utilisant des sujets de comparaison, des observations superficielles avec peu ou pas de recherches sur les échanges au cours desquelles elles se sont produites, tout comme lui, vous pourrez toujours être dupé en devenant un orientaliste.

Dès que j’ai atterri en Italie, j’ai commence à me convaincre que j’avais suffisemment de connaissances et de compétences pour apprendre à connaître la culture mais dès que j’ai mis le pied en dehors de l’avion, j’ai commencé à commettre les mêmes erreurs. J’ai développé des stéréotypes, les préjugés m’ont aveuglés, j’ai maquillé et romantisé ce que j’aimais et je me suis tenu à l’écart de choses que j’aurais aimé à cause des préjugés.

La clé pour résoudre ce problème est simple : reconnaître le problème, être empathique, demander et poser des questions, écouter attentivement, apprendre puis on répète l’opération. Craindre de faire des erreurs vous poussera à en faire davantage, et une fausse information ou une mauvaise observation créera des stéréotypes. C’est vraiment très simple, tant que vous le mettez en pratique.

Quand je suis arrivé à Palerme, je pensais être M. Je-sais-tout, essayant de m’impressionner avec mes connaissances sur la nouvelle culture mais plus tard, j’ai réalisé que je me suis leurré et que je suis devenu le Ahmad Al Shugairi de mon voyage en Italie. La seule façon de m’en sortir était d’embrasser ce petit touriste enfoui en moi, en acceptant le manque de connaissance et d’expérience et d’écouter les autres, qui vivaient l’expérience du même voyage mais en tant que touriste. De qui je me moque? Je n’ai eu que trois mois et des ressources limitées, je ne pourrais pas tout apprendre. Et donc, je devais en faire bon usage.

caburera-mohammad-palermo-res (2) J’ai goûté à toutes les cuisines presque sans limites, perdu ma MasterCard et est fait toutes les démarches pour en avoir une nouvelle, je suis sorti avec des amis toute la nuit jusqu’au lever du soleil et suis allé au marché, j’ai eu des coups de soleil sur la plage et me suis presque casser la jambe sur les rochers, je me suis fait bouffer par les moustiques à Baida,je me suis perdu 2 fois dans la ville pendant un petit moment parce que j’ai un GPS ce qui a gâché le fait de se perdre, j’ai voyagé et dormi pendant 12 heures à l’aéroport, je suis tombé malade et suis allé voir le médecin, j’ai raté plein de choses que j’aurais pu faire et voir dans mon pays natal, j’étais nostalgique au point de pleurer, les gens me manquaient, j’ai dit au revoir à beaucoup de personnes et pleurer encore une fois. Je me suis embarqué dans la routine de la vie et du travail, je me suis ennuyé et fait tellement de choses comme un touriste et en ai gagné le titre.

 

caburera-mohammad-palermo-res (3) Mais à chaque fois que je regarde en arrière ces petites expériences que j’ai eues, je vois des centaines de conversations où j’en ai appris davantage sur les différentes cultures et sur moi-même et beaucoup d’autres choses. Même si je ne suis plus à Palerme, je ne dois pas arrêter d’être ce ridicule touriste car c’était la meilleure et l’expérience la plus divertissante que j’ai eue.

 

 

 

Presque un jour à Jérusalem

Je vais vous raconter l’histoire d’une fille qui voulait aller à Jérusalem. Elle habite dans un petit village près de Ramallah, elle a 15 ans, elle n’a rien de spécial, c’est une fille ordinaire. Un dimanche, elle a décidé d’aller à Jérusalem, elle a pris une douche tôt le matin, elle a mis sa jolie robe bleue et était prête à y aller. La robe était un cadeau de son grand-père, peut-être que la robe n’était pas aussi jolie mais le souvenir de son grand-père était plus important.

 

Elle a pris le bus et elle a remarqué qu’elle était la plus jeune dans le bus. Elle ne s’en souciait pas, elle s’est plutôt sentie spéciale. Elle n’avait pas peur, elle a appris à ne pas avoir peur. Le bus est passé par le contrôle de sécurité afin que tous les passagers se fassent contrôler avant de continuer leur route jusqu’à Jérusalem. Il y avait plus de monde que la dernière fois qu’elle y était venue et pendant une seconde, elle ne savait plus par où passer. « Comment est-ce possible », murmura t-elle, « j’ai déjà fait ça plusieurs fois, trop de fois ». En un instant, elle trouva sa place dans la foule. Elle faisait très attention car elle ne voulait pas abîmer sa jolie robe.

 

Personne ne semblait avancer, ou on ne pouvait pas comprendre ce qu’il se passait à cause des cris et des hurlements. « Pourquoi est-ce la même chose à chaque fois ? murmura t-elle encore une fois. Elle ferma ses yeux et l’espace d’un clin d’œil, elle s’imagina responsable de cet endroit. Elle avait un plan de créer 3 lignes, une pour les femmes et les enfants, une pour les grands-parents et une pour les hommes. Sur son visage, se dessina un sourire de satisfaction. Oui, une fille ordinaire d’un village peut faire la différence, peut supprimer le fardeau de ces personnes même si elle savait que les hommes et les femmes en uniformes de l’autre côté allaient toujours être là.

 

« Noooon », cria-t-elle au milieu de ses pensées, quelqu’un l’a poussée et elle est tombée par terre. « Ma robe ». Elle était sur le point d’éclater en sanglots mais retint ses larmes. Elle s’est relevée et a crié sur tout le monde “vous les laissez vous contrôler” puis elle partit. Elle sait qu’elle va devoir faire face à la brutalité des personnes en uniformes et elle a réussi à le faire.

 

Dans sa tête, elle a gardé en mémoire le regard d’un homme de l’autre côté qui les regardait sournoisement avec joie et satisfaction. « Non », se dit-elle, je ne leur ferait pas ce plaisir.

 

Elle n’est pas partie à Jérusalem ce jour-là. Pour être honnête, elle n’est pas allée à Jérusalem depuis près de 10 ans.

 

Elle m’a avoué qu’elle n’avait qu’une peur. Les uniformes seront toujours là-bas et malheureusement la société palestinienne restera immobile.

 

PS : si vous trouvez des ressemblances avec la réalité, ne vous inquiétez pas, je vous assure que ce n’est que fictif.

 

 

Eftychia Psarra

 

Chroniques d’un voyage en Jordanie. Chapitre 1 : Mario et les chauffeurs de taxi

Mario s’assoit devant, parce qu’au début, quelqu’un nous a dit qu’il était plus convenable aux femmes de s’asseoir derrière. Je n’ai jamais été convaincu de ce conseil mais la plupart du temps, on ne fait que suivre ces codes car cela fait partie du « bon ton » jordanien de le faire.

Donc, je disais que Mario s’assoit à l’avant et salue élégamment le chauffeur de taxi essayant de son mieux de prononcer correctement la formule arabe internationale de salutation « Salam aleikum » de laquelle est immédiatement suivie la réponse.

 

Les premières minutes sont calmes. Le chauffeur transpire en silence et supporte ascétiquement les embouteillages. A la radio, un classique égyptien. On maudit la chaleur et le manque de transport en commun dans la ville. Mario ressent la situation. Je le vois pensif. Il commence à toucher compulsivement ses locks blondes. Il devient agité, le siège en cuir commence à le démanger. Il se tourne vers moi : « Comment on dit Est-ce que je peux fumer en arabe ? ». Je lui réponds. Il y réfléchit. Il me demande encore. Je lui réponds encore une fois. Il réfléchit encore un peu et finalement, il se lance. « Mumkin adakin hun ? ». Je sais, ce n’est pas parce qu’il a besoin de fumer. Il veut juste établir une connection. L’homme lui sourit et lui propose une cigarette. Mario le remercit et lui montre qu’il a son propre paquet et par retour de courtoisie, lui propose à son tour une cigarette. Après une longue négociation, il finit par accepter celle de l’homme. Je ne sais pas comment ni quand ni en quelle langue cela a commencé mais dès lors, s’ensuivit une conversation profonde sur des sujets passionnants.

 

Ce modèle est sujet à de petites variations quoiqu’inattendues. Les résultats sont imprévisibles et généralement splendides. Une fois, il y avait un gant de boxe en porte-clés suspendu au rétroviseur. Il était au couleur de je-ne-sais quel pays, quelque part en Asie centrale. Mario le pointa du doigt et lui dit le nom du pays accompagné d’un éloquent point d’interrogation. Cela se finit par le chauffeur lui montrant des vidéos de match de boxe sur son téléphone. Le gars était boxeur professionnel dans son pays. Il a dû arrêter par la suite. Pas d’argent, pas de temps.

 

Un autre jour, le chauffeur de taxi avoua qu’il était un célèbre commentateur de football dans le monde arabe. Il avait aussi des enregistrements sur son smartphone. Nous avons écouté. Il avait une voix puissante et passionnée. Lui et Mario on commencé à parler de Napoli et des joueurs italiens en général. Il connaissait même les noms de tous les joueurs de foot italiens d la série C.

Des fois, même plusieurs fois, les chauffeurs sont palestiniens. Nos leur demandons de quelle ville, et au nom de Naplouse, les souvenirs de notre récent voyage en Cisjordanie commence à florir et au lieu de lui poser des questions, on parle de notre propre expérience, de combien nous avons aimé la Palestine, combien c’est beau, de ce que nous avons fait, ce que nous avons visité et ce que nous avons mangé. Nous remarquons à la fois de la fierté et de la tristesse dans leurs yeux et nous sourions.

 

Une fois, Mario et moi avons eu une conversation, je ne me rappelle pas si j’ai commencé cette conversation ou s’il l’a fait, ou si je me suis simplement imaginé avoir cette conversation avec lui, mais tous ces détails ne sont pas vraiment importants. C’était après une course folle en taxi avec un chauffeur fou qui roulait à vive allure, qui zigzaguait et doublait les voitures, la radio à fond avec de la musique disco, et lui, dansant sur son siège, parlant aussi vite qu’il conduisait, à propos de football, de l’Italie, des voitures de marque et des immigrés philippins.

 

Après cela, Mario et moi, nous sommes trouvés en train de faire des hypothèses sur la vie de cet homme, avait-il une femme qui l’attendait de rentrer de ses courses folles, que lui dit-elle quand il rentre, est-ce qu’elle l’attend quand il rentre tard, passe t-il d’abord par un bar pour fumer argila avec ses amis avant de rentrer. Je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi cela valait-il la peine de le mentionner ou de m’en rappeler. Je pense que c’est juste parce que j’ai senti que nous partagions cet intérêt « d’espionner », cette « curiosité » sur la vie des étrangers, cela ne vous arrive t-il jamais de regarder une fenêtre et d’essayer d’imaginer la vie des personnes qui y vivent ?

 

Mais des fois, généralement la nuit, la radio remplit le taxi de la mélodie enchanteresse de la récitation du Coran. Alors, nous restons calmes, nous respectons le silence de l’homme absorbé par sa course tranquille et nous nous noyons dans nos propres pensées, admirant les lumières de la ville et laissant la voix du tajweed nous bercer jusqu’à la maison.

 

Mario a sa manière de briser la glace avec les étrangers qui savent qu’ils vont partager juste quelques minutes ensemble. Ce que je pense, c’est que peut-être, il aime un regard, une ride, un objet de l’homme. Et il commence à lui poser des questions en utilisant ces trois mots d’arabe qu’il a appris, poussant l’homme à parler le peu d’anglais qu’il connait et quand les ressources linguistiques se font rares, la communication passe à un autre stade, qui je suppose, on appelle le langage du corps mais que je préférerais appeler métaphysique.

 

Ces brèves promenades dans les rues d’Amman, qui peuvent passer inaperçus dans le flux chaotique de tous les jours, nous donne un regard sur les vies d’une quantité de personnes.

Un chauffeur de taxi qui est juste supposé nous ramener de l’autre côté de la ville, nous laisse en réalité faire un tour dans ses microcosmes, partageant des moments de sa vie, ses rêves, ses souvenirs, ses expériences que nous ne verrions jamais si nous regardions par la fenêtre.

 

Alessia Carnevale

Palerme, fascinante à plusieurs niveaux

Vivre à Palerme

Je suis Husein Smadi, je viens de Jordanie et je travaille en tant qu’avocat dans le domaine des Droits de l’homme. J’ai décidé de postuler pour ce projet parce que je voulais découvrir une nouvelle culture, une nouvelle langue, un nouveau mode de vie ; mais je voulais aussi partager mon expérience donc Palerme est la meilleure décision que j’ai jamais prise dans toute ma vie.

Durant ma période de mobilité, j’ai travaillé à l’Organisation des jeunes pour les Droits de l’homme : nous avons travaillé avec les réfugiés et pour les Droits des femmes. J’ai appris de nombreuses choses et j’ai rencontrés beaucoup de jeunes et beaux enfants et de bonnes personnes.

Mais maintenant, laissez-moi vous parlez de Palerme ! Des gens aimables et sympathiques, qui aiment s’amuser, drôles mais chauffards mais qui ont la meilleure vie nocturne que vous pouvez demander. Vous n’avez qu’à regarder dans ses petites ruelles cachées où vous pouvez écouter de la musique et trouver des gens en train de faire la fête, tout le temps – les night clubs sont de partout. A Palerme, il y a aussi la cuisine – je veux dire la cuisine de rue – c’est tellement délicieux et pas cher. Palerme a de belles plages, des montagnes vertes, mais vous pouvez aussi trouver beaucoup de lieux historiques, je veux dire vraiment beaucoup, pour toutes les générations et de tous les temps. Palerme est une belle ville pour une vie tranquille et qui n’est vraiment pas chère.

Je suis très content d’avoir choisi Palerme pour ce projet, j’ai rencontré de nombreuses personnes que je n’oublierais jamais, et j’ai appris beaucoup de choses nouvelles, la culture, la langue, la cuisine et les nationalités.

Un jour, je retournerai à Palerme, pour rendre visite à mes nouveaux amis et pour cette belle ville qui me manque tant.

Je voudrais remercier CESIE et le centre Al-Hayat pour cette opportunité.

hussain